Ben Bella : "Boussouf, un criminel assoiffé de sang"

Ben Bella parlant de ses frères d’armes :

- Sur Abdelhafid Boussouf : «Boussouf, un criminel assoiffé de sang. C’est le Beria de la Révolution. C’est lui l’assassin de Abane. Mais sans l’aval de Krim, Abane Ramdane n’aurait pas été assassiné. Boussouf est le plus grand criminel de notre Révolution. Il a fait assassiner 3000 djounoud à la base de Khemissat, au Maroc. A l’indépendance, il était venu me rendre visite à la Présidence, je l’ai chassé et sommé de quitter le pays. Ce qu’il a fait. Il n’est revenu qu’après le 19 juin.»

- Sur Ali Kafi et ses attaques contre Abane : «C’est une infamie (…) Ali Kafi, hachak, est saoul à partir de 10 heures du matin. C’est aussi un qmardji (flambeur). Il a perdu 2 millions de francs au casino de Divonne-les-Bains et on se demande d’où il a pu sortir une telle somme. Ce n’est pas un comportement révolutionnaire. Parler de Abane est un non-sens de sa part car ce n’est ni la même stature, ni le même niveau de responsabilité. Win yaâraf Ramdane ? Où a-t-il connu Ramdane ? (…) Et dire que cet individu a été à la tête de l’Etat algérien ! Savez-vous que c’est lui qui a trahi Zighout Youcef ? C’est lui qui l’a donné aux Français…»

- Sur les 3 B : «Ils portent une énorme responsabilité dans toutes les dérives de la Révolution et même celles qu’a connu, par la suite, l’Algérie indépendante. Dans toutes ces dérives, je ne peux pas trop charger Krim, même dans l’affaire Abane.»

- Sur Bentobbal : «Voilà un homme qui n’a rien apporté à la Révolution. Elle aurait pu s’en passer ça n’aurait rien changé, ou peut-être qu’elle se serait mieux portée.»

- Sur Mohamed Boudiaf : «Je m’étonne qu’on considère Boudiaf comme le père de la Révolution. C’est inexact. Alors que Mahsas (le recruteur de Boudiaf, ndlr) a joué un rôle plus important.»

– Sur Abdenour Ali Yahia : «Un homme très courageux, pur et honnête. J’ai beaucoup apprécié son rôle en tant que conseiller politique auprès du colonel Mohand Oulhadj, au moment où je négociais avec le FFS.»

- Sur les négociations avec le FFS : «Les officiers accompagnant le colonel Oulhadj étaient si nombreux que j’ai été amené à les faire asseoir par terre, dans les jardins du Palais d’été. Certains m’ont traité de dictateur. Alors je leur ai répondu : est-ce que vous connaissez un dictateur qui s’assoit par terre pour encaisser des insultes ? Ils ont, sans doute, apprécié ma boutade puisque quelques jours après, tout était rentré dans l’ordre et le colonel Oulhadj et ses hommes ont rejoint l’ANP pour aller défendre le territoire national à la frontière algéro-marocaine. En fait, ce qui a décidé Oulhadj à se séparer d’Aït Ahmed, ce sont les contacts que ce dernier entretenait avec le palais royal alors que nous étions en guerre contre le Maroc. Il existe (en effet) des liens familiaux entre Hocine et l’entourage du roi. L’une de ses sœurs était mariée à un proche de Allal El Fassi, le leader de l’Istiqlal.»

- Sur Hocine Aït Ahmed : «Nous sommes très proches l’un de l’autre même si, parfois, il y a eu des différends assez graves. Nous avons vécu de grands moments ensemble, des moments souvent assez cocasses. Personne ne peut nous séparer. Hocine et moi on s’aime (n’thabou) comme des frères. C’est sur mon conseil que Abdelaziz Bouteflika a fait envoyer un mot gentil et un bouquet de fleurs à Hocine, lors de sa convalescence en Suisse à la suite de son surmenage dû à la campagne présidentielle, en 1999. J’ai dit à Abdelaziz que s’il y a un seul homme politique à honorer dans notre pays, c’est bien Hocine Aït Ahmed. C’est un historique. Si quelqu’un doit jouer un rôle majeur dans les institutions de l’Etat algérien, c’est Aït Ahmed. Je lui ai demandé de lui donner un poste très important. Si on doit impliquer un parti politique dans les affaires de l’Etat, c’est au FFS qu’il faut faire appel et non au RCD, qui n’est pas représentatif. Je suis désolé de vous le dire, mais le RCD a été concocté dans une officine, créé par le biais d’Aboubakr Belkaïd et de Larbi Belkheir.»

- Sur Mohamed Khider : «C’est un homme sincère, un homme de bien et un grand patriote. Son assassinat a causé une grande perte pour l’Algérie.»

- Sur les oulémas : «Ils n’étaient pas pour la Révolution (…) ni pour l’indépendance. Cheikh El Ibrahimi nous avait fait part d’un plan qu’il voulait proposer aux Français. Ce plan prévoyait l’indépendance de l’Algérie pour… 2034.»

 (Extraits de l’entretien de Bélaïd Abane avec Ahmed Ben Bella, le 22 juillet 1999)

Source : Elwatan